LE RETOUR DU QUANTITATIF EASING (QE) ?

Partagez cet article

« Mer agitée » Huile de l’artiste Madame Christèle Ponsar (Juin 2018).

Bilan des marchés financiers à fin septembre 2022

Les principaux indices financiers sont rentrés en « bear market » ; à savoir une baisse annuelle de plus de 20%. Seul l’indice japonais résiste avec une baisse de seulement 10%. Le mois de septembre a été un mois catastrophique pour les marchés. Sommes-nous arrivés à la phase de capitulation des investisseurs et à un rebond prochain des marchés ? Ou doit-on encore s’attendre à une baisse significative ?

CAC40 - Bougies JOUR 2022

Performance des principaux indices :

=> Toutes les classes d’actifs ont été touchées par le « CPI » américain, y compris les obligations (- 23% pour T-Bond US à 10 ans !).

=> Le Nasdaq 100, indice mesurant les cent premières sociétés technologiques cotées aux Etats-Unis a désormais une valorisation en 2022 inférieure à celle de 2021… La première bougie rouge depuis la crise financière de 2008. Mais il reste encore un trimestre pour clore l’année 😉

Nasdaq 100 - Bougies annuelles

En septembre les actifs risqués enregistrent globalement leur plus mauvais mois depuis 2020, ajoutant un nouveau trimestre baissier aux deux premiers de l’année. Les superlatifs fleurissent pour qualifier cette année 2022 qui, par la baisse conjointe des actions, des obligations AAA (la plus forte depuis 1949), des obligations crédit et des grandes devises contre dollar (yen : -26%, euro : -16%, yuan : -14%) se présente, pour le moment, comme l’une des pires années de l’histoire des marchés financiers.

SYNTHESE MACROECONOMIQUE DU MOIS

Le niveau d’inflation est encore très élevé de part et d’autre de l’Atlantique. Le pic d’inflation qu’on imaginait proche les mois passés semble s’éloigner. Un niveau d’inflation élevé et durable semble à présent se dessiner…

Cette inflation impacte progressivement les économies. L’OCDE a revu à la baisse ses perspectives de croissance économique mondiale.

=> La psychologie des marchés a changé. La crainte d’une « stagflation » inquiète désormais :

  • Maintien d’une inflation forte car la hausse des taux d’intérêts n’a que peu d’impact.
  • Une économie réelle qui ralentit progressivement (récession), touchée quant à elle par la remontée des taux…

Avec une croissance de 3,8%, les Etats-Unis disposent encore d’une marge de manœuvre pour mener des actions vigoureuses. Il n’en est pas de même de la zone euro, qui est au bord de la récession en 2023. Le potentiel de la BCE pour remonter ses taux d’intérêt est donc très faible, d’autant que les écarts de taux sont importants entre les pays européens.

QUELQUES TEMPS FORT DU MOIS

A/ Plus de 150 hausses de taux ont été initiées par les banques centrales depuis le début de l’année ! Toutes les banques centrales ont remonté leurs taux directeurs. Même la Banque Suisse qui était la dernière banque centrale a disposé encore de taux négatifs. Ce n’est donc plus le cas à présent. Dans ce concert de hausses (5 hausses consécutives aux Etats-Unis dont 3 hausses de +0,75%), 3 banques centrales majeures dérogent quelque peu à ce mouvement :

La Banque du Japon (BoJ) continue à injecter massivement de l’argent, en conservant des taux directeurs très bas. Poursuite du Quantitative Easing (QE), alors que toutes les autres banques centrales optent pour un resserrement monétaire, une restriction massive des liquidités. Le Japon a ainsi dépensé 2,8 trillions de yens en interventions sur le marché des changes au cours du mois. 

La Banque populaire de Chine (BPOC) veut éviter un krach de sa monnaie à quelques semaines du congrès du parti communiste. En effet, le yuan est au plus bas face au dollar, au niveau de 2008. La BPOC a donc « demandé » aux principales banques publiques de vendre du dollar pour enrayer la hausse importante du dollar (ou dit autrement pour enrayer la chute du yuan)   

=> 100 milliards de dollars d’actifs financiers chinois ont ainsi été vendus depuis le début de l’année, dont 80 milliards d’obligations. Pour mémoire, la Chine détient encore 1.100 milliards de dollars en actions et obligations… Elle reste le premier créancier des Etats-Unis.

En parallèle, la BPOC a baissé ses taux d’intérêts, désormais à leurs plus bas historiques. La mesure est censée encourager les banques à accorder davantage de crédits à des taux plus avantageux, ce qui devrait, par ricochet, soutenir une activité grevée par la crise immobilière et les reprises du Covid-19.

 

La Banque d’Angleterre (BoE) a dû intervenir en urgence pour faire face au risque d’effondrement du marché obligataire, détenu majoritairement par des fonds de pensions anglais. En effet, suite au programme ambitieux lancé par le nouveau gouvernement britannique, à savoir une baisse record des impôts (~ 50 milliards de dollars) ainsi que des subventions temporaires coûteuses pour les factures d’énergie des ménages et des entreprises, la livre sterling a brutalement plongé face au dollar et autres monnaies.

Cette chute de la Livre sterling a eu un impact immédiat sur la dette à 10 ans : + 110 points de base en 3 jours, montant ainsi à plus de 4%, soit le niveau de la crise financière de 2008 !

Source IVT

=> La BoE a dû intervenir en achetant massivement des obligations d’Etat… C’est-à-dire en injectant des liquidités dans le système monétaire, comme à l’époque du QE !

Cette réaction massive a immédiatement permis :

  • de stabiliser la Livre sterling,
  • et de faire baisser « l’indice dollar », un indice mesurant la valeur du dollar américain par rapport à un panier de devises étrangères (l’indice augmente lorsque le dollar américain gagne en « force » par rapport aux autres devises).

 

B/ Le 13 septembre dernier, le « CPI » US, l’indice des prix à la consommation des ménages aux Etats-Unis, a eu un effet dévastateur sur les marchés. Le chiffre de l’inflation dite « Core » ou « Sous-jacent » (sans inclure l’énergie et l’alimentation » qui sont des éléments fortement volatils), est ressorti nettement au-dessus des prévisions, contredisant ainsi les attentes de la Fed (la banque centrale américaine). Cette inflation Core matérialise en effet le fait que l’inflation est bien diffuse sur l’ensemble des secteurs d’activité, les loyers et les salaires. Il est alors difficile, sauf en cas de récession, de lutter contre la hausse des salaires dans un pays où le marché du travail est encore sous fortes tensions

Source Zone Bourse
Le CPI a été le catalyseur de la baisse des marchés mi-septembre. Ici l’impact sur le Dow Jones.

On peut donc craindre une poursuite de la hausse des taux d’intérêts de la Fed, ce que redoute naturellement les marchés financiers. « Une hausse des taux agressive, quitte à provoquer volontairement une récession » avait annoncé Jerome Powell, lors de la dernière réunion de la Fed. Nous y sommes…

C/ Quelques chiffres

C.1 – Après une décennie de rigueur, l’Allemagne mobilise un nouveau bouclier de 200 milliards d’euros (après celui de 95 Mds €) pour plafonner les prix de l’énergie qui menacent le pouvoir d’achat des ménages et soutenir les énergéticiens les plus dépendants du gaz russe.

  • Redonner confiance aux entreprises et aux consommateursface à une inflation qui a atteint les 10%. Le dernier baromètre IFO (climat des affaires en Allemagne) et le parallèle qui peut en être fait avec le PIB allemand montre le risque important d’une crise économique à venir en Allemagne, voire par effet domino en zone euro.
Source Zonebourse

Quel impact pour la France ?

C.2 – La valorisation des 500 entreprises américaines composant l’indice SP500 est revenue sur leur ratio (PER) historique moyen de 16. Le dégonflement du PER (ratio Prix / Bénéfices) est une nouvelle rassurante d’un possible rebond des marchés financiers américains.

C.3 – Les indices majeurs ont tous atteints des zones de supports importants.

Casser ces zones (représentées par une ligne ou une bande verte dans les 4 graphes ci-dessous) serait un mauvais signal envoyé au marché. Néanmoins, ces zones sont solides et semblent être des supports attractifs pour les investisseurs de moyen / long termes (les institutionnels qui s’inscrivent dans le temps long). Un rebond des marchés n’est donc pas à exclure dans les prochains jours

Source IVT

EN CONCLUSION

Les marchés financiers sont à la croisée des chemins. D’un côté des banquiers centraux qui se doivent d’appliquer avec orthodoxie leur mandat (lutter contre l’inflation en remontant les taux), de l’autre des états ou gouvernements qui ne cessent d’engager des plans massifs de soutien à leurs économies respectives poussant alors ces mêmes banquiers centraux à devoir revoir leurs positions en relançant la planche à billets (QE). Un soutien qui fait du bien à court terme pour les ménages et les entreprises fragilisés par les prix de l’énergie. Mais un soutien qui entretient aussi l’inflation car ces liquidités relancent mécaniquement la hausse des prix des actifs risqués… Serait-ce l’injection de liquidité de la dernière chance ? Plus ou moins de rigueur, quelle voie choisir ?

D’ici quelques semaines, les résultats des entreprises pour le 3° trimestre 2022 seront publiés. Nous saurons alors quels chemins auront retenus les investisseurs…

S'inscrire à notre newsletter

Pour ne rater aucune information et conseil sur votre patrimoine !

À découvrir

L3SB

L’HIVER S’RA CHAUD !

Après le dérèglement climatique, un dérèglement financier à présent ?

L3SB

LE RETOUR DU QUANTITATIF EASING (QE) ?

Les principaux indices financiers sont rentrés en « bear market » ; à savoir une baisse annuelle de plus de 20%. Le mois de septembre a été un mois catastrophique pour les marchés…

Vous souhaitez nous faire part de votre projet ?
N’hésitez pas à nous contacter.