Acheter au son du canon ?

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 Illustration du mois : Huile de l’artiste Madame Christèle Ponsar (novembre 2019).

Bilan des marchés financiers à fin février 2022

Si le premier mois de l’année a été secoué par la hausse spectaculaire de l’inflation et les premières mesures prises par les banquiers centraux pour la juguler, nul n’a vu venir le grand coup de patte vengeur de l’ours russe !

Comment de ne pas évoquer, avec grande tristesse, l’opération militaire lancée par le Président russe en Ukraine. Toute guerre induit des pertes humaines par définition. Elles sont insupportables, et ce, quel que soit le camp touché. Cette intervention armée est d’autant plus douloureuse qu’elle nous renvoie à une période que nous avions imaginée révolue. Face à cette tragédie, la chute des marchés financiers pourrait être considérée comme secondaire… S’agissant de votre patrimoine, l’impact sur vos portefeuilles est pourtant à surveiller avec beaucoup de vigilance. Des marchés qui réagissent au bruit du canon, aux craintes sur la flambée des prix des matières premières et aux interrogations quant aux décisions futures des banques centrales. Cette nervosité sur les marchés, appelée aussi « volatilité » a naturellement été au rendez-vous avec de fortes variations quotidiennes tant à la baisse qu’à la hausse…

Baisse du CAC 40 : Du plus haut de Janvier au plus bas de février : -12,8%

Performance des indices pour le seul mois de février 2022 :

  • CAC 40 :             – 4.8%
  • Euro Stoxx 50 :    – 6,0%
  • DOW Jones :       – 3,5%
  • SP 500 :               – 3,1%
  • Nasdaq :              – 4,6%
  • Hang Seng :        – 4,6%                          
  • Nikkei :                – 1,8%
  • Or (gold) :            + 5,7%

L’or, valeur refuge, est le seul indice positif pour ce mois de février, symbole de la crise que traverse actuellement les nations. L’once d’or a ainsi coté 1975 $ le 24 février dernier (jour de l’intervention des armées russes en Ukraine) avant de rebaisser à la fin du mois à 1899 $.

Synthèse macroéconomique du mois

Le mois de février est un nouveau mois baissier pour les places financières des pays développés, déjà ébranlées par l’inflation, puis par la guerre en Ukraine aujourd’hui. Le début d’année est donc compliqué pour les marchés actions : les gérants et investisseurs ignorant l’issue toujours incertaine de ce conflit à l’Est de l’Europe.

Bien que devenus secondaires dans cet environnement, les indicateurs macroéconomiques ont été plutôt de bonne facture en février.

  • L’estimation du PIB au 4° trimestre aux Etats-Unis est conforme aux attentes (7%).
  • Les « PMI » (sondages auprès des directeurs d’achats) ont été meilleurs que prévus, tout comme la confiance des consommateurs aux Etats-Unis.
  • Dans ce contexte, la Fed (Banque centrale américaine) devrait tout naturellement remonter ses taux directeurs pour lutter contre l’inflation et ajustera sa politique monétaire, au jour le jour, en fonction des conséquences économiques liées au conflit ukrainien.
  • Seul bémol, l’inflation en France qui ne cesse d’augmenter : +3.6% en février (source INSEE).

ZOOM sur le conflit

L’objet n’est pas ici de commenter les opérations militaires, mais de faire un point sur la situation économique depuis le début de la crise.

Une chose est certaine, cette situation aux portes de l’Europe a su fédérer en seul bloc les 27 pays membres de l’Union européenne. Cette dernière a su faire montre de fermeté et a appliquée des mesures de rétorsion d’une ampleur inédite à l’égard d’une grande nation, mettant de côté ses craintes sur l’approvisionnement en gaz russe.

Plus étonnant encore fut la rapidité avec laquelle la Russie a été mise au ban des nations…

Parmi les mesures retenues, citons celles à dominantes économiques :

  • L’exclusion de certaines banques russes du système SWIFT.
  • Le gel des réserves détenues par la Banque centrale russe à l’étranger (estimées à 100 milliards de dollars sur 630 Mds USD). Rappelons que depuis plusieurs années la banque centrale de Russie n’avait eu de cesse de renforcer ses devises et son stock d’or pour faire face aux éventuelles sanctions européennes (cf. graphe ci-après).

A présent, cette même banque centrale russe est contrainte de relever son principal taux directeur de 9,5 à 20% pour limiter l’inflation, attendue désormais à environ 15%. Le but recherché est de faire ainsi pression sur la population russe pour in fine déstabiliser le pouvoir en place…

Le rouble a même atteint un plus bas historique face à l’Euro.

La bourse russe (marchés actions) a perdu 50% de sa valeur.

  • Les sanctions publiques sont doublées par des sanctions privées: des dizaines de grandes entreprises ont gelé leurs activités en Russie. Certains groupes pétroliers abandonnent ainsi à grands frais leurs investissements passés, à l’image des sociétés BP ou SHELL.
  • Même la Suisse contribue à l’effort collectif en abandonnant sa neutralité séculaire (gels des avoirs des oligarques russes) ; tandis que la principauté de Monaco adhère à l’ensemble des sanctions européennes…

Au regard de ce florilège de sanctions immédiates, pour la plupart inédites, il est difficile d’imaginer quelle sera l’ampleur de l’impact économique à moyen terme. Dans un monde déjà fragilisé par la pandémie (toujours active en Asie), cette source additionnelle et inattendue de désordres va naturellement impacter les chaînes d’approvisionnement et les coûts logistiques. Premier indicateur de ces désordres, le prix des matières premières qui ne cesse de flamber de manière exponentielle. Le baril de Brent a ainsi débordé les 110 USD. Ce cahot affecte non seulement les cours du pétrole et du gaz, des métaux industriels mais aussi ceux des matières agricoles

Source Zone Bourse
  • Ici, la cotation du blé tendre qui s’est envolée à plus de 310 € la tonne soulignant l’impact dû à la guerre. La Russie, pour mémoire, est le 1er exportateur de blé depuis 2016, avec 10% de la production mondiale. L’Ukraine représente ~12% des exportations mondiales. Qu’adviendra-t-il si la météo venait à perturber les moissons cet été (cf. changement climatique) ?

    => Toute hausse brutale des cours des matières premières provoque mécaniquement une baisse de la croissance mondiale (ainsi, +10 $ sur le cours du baril d’or noir, c’est -0,4% de croissance mondiale en moins…).

Quel impact pour la France ?

En France, les importations avec la Russie sont au final assez réduits et se résument pour l’essentiel à l’énergie.

A l’inverse la France a exporté en Russie pour 6,3 milliards d’euros de biens et services en 2020 soit environ 1,3% de nos ventes à l’étranger.

Les secteurs d’activité les plus impactés par cette crise sont :

  • le secteur de l’énergie. « Total Energies » a ainsi massivement investi depuis les années 90 (17% de sa production de pétrole et gaz) et détient de nombreuses participations dans des entreprises russes. Cela représente entre 3 et 5% de ses revenus.
  • le secteur de l’automobile. Renault est également très engagé car détient une usine près de Moscou. 500.000 véhicules ont ainsi été vendus l’an passé, soit 18% de ses ventes totales…et 30% du marché russe.
  • le secteur de la grande distribution. La famille Mulliez est particulièrement affectée via ses marques « Leroy Merlin », « Décathlon » et « Auchan» (40.000 collaborateurs et 235 magasins implantés en Russie et 42 en Ukraine).

Près de 500 entreprises françaises (160.000 salariés en Russie) vont devoir prendre de délicates décisions, à la demande des politiques ou par convictions, qui impacteront naturellement le résultat de ces sociétés, mais aussi et surtout, toucheront tous les salariés.

Source Zonebourse

La relance par la demande va certainement continuer à alimenter durablement l’inflation, par manque de ressources (matières premières / composants) pour faire face immédiatement aux besoins des entreprises et par un déficit de main d’œuvre qualifié (le chômage aux Etats-Unis est à un niveau bas et pour la France, à un niveau d’avant la crise sanitaire …).

EN CONCLUSION

Le monde a été frappé de stupeur par l’intervention russe et les images de destruction. Face à ce choc géopolitique majeur, l’Europe a su répondre d’une voix unie. Néanmoins, à court terme, aux désordres économiques mondiaux liés au virus de la Covid-19 vont se rajouter les désordres dues aux mesures prises par l’Occident pour toucher le système économique et financier de la Russie. Quant au moyen terme, l’impact sur l’économie mondiale est à ce jour difficilement quantifiable. Cela dépendra de l’ampleur des sanctions et de leur durée.

Le monde entre dans une nouvelle ère où les relations commerciales et internationales vont être pour partie rebattues.

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