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 Illustration du mois

Huile de l’artiste Madame Christèle Ponsar : « Attendre la suite ».

Bilan des marchés financiers à fin mai 2022

Tous les ingrédients pour une baisse des marchés furent au rendez-vous pour ce mois de mai 2022. C’est ainsi le 5° mois de baisse pour quasiment tous les indices. C’est aussi 8 semaines consécutives de baisse pour l’un des indices majeurs des marchés financiers, le SP500 (indice américain). Du jamais vu depuis la crise financière de 1929. Le rebond des places financières lors la dernière semaine du mois de mai a évité le « bear market » des indices ; à savoir, plus de 20% de baisse par rapport à leurs points hauts. Mais pour combien de temps ?

Va-t-on vers une récession, emportant encore plus bas les indices ?

CAC 40 - Bougies "Mois"

Baisse pour la 5° fois consécutive de l’indice parisien.

Sur le plan graphique, l’indice a formé une croix (appelé aussi « doji ») illustrant une forte indécision du marché, et une très forte volatilité des cours.

Performance des indices pour le seul mois de mai 2022 :

  • CAC 40 :             – 1,0%
  • Euro Stoxx 50 :    – 0,4%
  • DOW Jones :       – 0,0%
  • SP 500 :               – 0,0%
  • Nasdaq :              – 1,6%
  • Hang Seng :         + 1,5%                          
  • Nikkei :                 + 1,6%
  • Or (gold) :             – 3,1%

La seule lecture de la performance des indices au titre du mois de Mai 2022 laisserait à penser que le mois fut neutre car, à l’exception de la baisse de l’or de -3%, les indices évoluent autour de +/- 1,6%, en étant plus proches de 0% pour les indices majeurs (US).

Il n’en fut rien : la volatilité fut extrême pour tous les indices ! A titre d’exemple, l’indice phare américain (SP500) a varié de plus de 11% entre son cours le plus haut (4308 points) et son plus bas (3809 points), avant de clôturer fin mai à son point d’équilibre (soit le cours d’entrée au 1er jour du mois de mai) – Cf. graphe ci-dessous.

SP500 - Bougies "Mois"

=> Ce retour à l’équilibre traduit un fort signal d’indécision (Doji) entre acheteurs et vendeurs.

=> Une indécision des investisseurs qui s’interrogent sur le devenir de l’économie mondiale : va-t-on vers la récession des économies ou vers un atterrissage « en douceur » dans les prochains mois ?

SYNTHESE MACROECONOMIQUE DU MOIS

L’indécision qui a caractérisé les marchés financiers au mois de mai exprime le tiraillement qui oppose deux forces.

1/ D’un côté, un scenario sombre où la consommation des ménages n’est plus au rendez-vous (ces derniers épargnent davantage qu’ils ne consomment), le pic de l’inflation n’a pas encore été atteint, les tensions géopolitiques s’exacerbent, la Chine ne parvient pas à relancer son économie post Covid (le secteur immobilier qui représente près du tiers de son PIB est proche de la cessation de paiement), des banquiers centraux enfin qui durcissent brutalement les taux directeurs afin de contrer l’inflation, mais ce faisant pénalisent lourdement les investissements des entreprises… Bref, un climat anxiogène débouchant sur une récession mondiale, qui entrainera demain les indices boursiers vers le bas, plus profondément.

L’indice de confiance des consommateurs américains ne cesse de se dégrader (58.4)

L’inflation mondiale a atteint un plus haut historique : +8,67%.

Le choc énergétique a eu un véritable impact récessif sur nos économies.

2/ De l’autre côté, un scenario plus optimiste s’appuyant sur des profits d’entreprise encore élevés, des valorisations moins exubérantes (des ratios P/E (*) qui sont revenus sur des supports attractifs) et ayant très largement corrigées (entreprises de croissance), une reprise prochaine de l’économie chinoise après deux mois de confinement Covid permettant ainsi de réduire progressivement les goulets d’étranglements logistiques et les ruptures de composants, des banques centrales plus souples si le contexte l’exige. En résumé, un atterrissage économique en douceur et une opportunité pour se repositionner sur les marchés boursiers après les séances de « bear markets » qu’ont connu tous les indices (c’est-à-dire, une baisse de plus de 20% par rapport à leur cours le plus haut)

(*) Le ratio P/E (Cours / Bénéfice) est un ratio de valorisation qui permet d’évaluer la cherté d’une entreprise.

Lorsque ce ratio se situe entre 10 et 17, on considère généralement que son prix est bon. Au-dessus de 17, il tend à souligner la surévaluation de l’action. Quand il est supérieur à 25, il est souvent synonyme de bulle spéculative.

Ci-dessus, le ratio P/E de l’indice EuroStoxx 60O (indice des 600 plus grosses capitalisations européennes). Il se situe aujourd’hui autour de 12, après un point haut, voisin de 19 (Juin 2020).

De très nombreuses valeurs de croissance US avaient, il y a encore un an, des P/E supérieurs à 50 !

=> D’où la baisse très impressionnante de leur cours aujourd’hui :

  • de Google : -23%
  • à Zoom : -83%
  • ou Netflix : -73%

Quels enseignements tirer de ces 2 scenarii, de ces 2 forces opposées ?

L’accumulation des chocs exogènes que nous traversons (Covid, inflation, crises géopolitiques, …) semble s’inscrire durablement. Certains indicateurs macroéconomiques indiquent que ces chocs auront un impact profond sur la consommation des ménages et le devenir des entreprises fragilisées par ces crises successives. Citons comme indicateurs :

  • la baisse importante des ventes de logements neufs aux Etats-Unis (-16,6% pour le seul mois de mai) touchées par la hausse sensible de 3% à 5% du taux directeur des emprunts hypothécaires à 30 ans,
  • la hausse continue des prix agricoles, source de tensions sociales dans les pays émergents,
  • la tendance persistante de l’inflation en zone Euro : un niveau record de 8,1 % en mai (sur 1 an), dont 5,2% pour la France,
  • Le nombre d’avertissements des sociétés (Profit Warning) qui semblent se multiplier ces dernières semaines, et en premier lieu celles de la grande distribution américaine comme Target ou Walmart (marques équivalentes à nos Lidl ou Auchan), touchées par la baisse du pouvoir d’achat des ménages

 

La question se pose donc de savoir si nous entrons progressivement en récession ou si nous allons vers un « atterrissage économique en douceur » encouragé par les banques centrales (maintien des taux bas) et les Etats (nouvelles relances budgétaires, chèques énergie, …).

Essayons de tirer quelques enseignements de notre passé économique. Pour ce faire, étudions le cas du SP500, cet indice très représentatif de l’économie « mondiale », bien qu’américain.

Au cours des années qui ont suivi la seconde guerre mondiale, le SP500 a connu à plusieurs reprises des périodes baissières (performances négatives). Ces périodes s’inscrivaient soit pendant une phase de récession, soit au cours d’une phase de croissance économique. Il est intéressant de constater que :

(cf. graphe ci-après : les barres en bleu couvrent les périodes en croissance / en jaune, en récession)

  • La baisse médiane du SP500, au cours d’une période de croissance est de : -12.5% (avec un maximum de -35%),
  • La baisse médiane du SP500 au cours d’une récession est de : -23,9% (avec un maximum de -58%)

          Actuellement le SP500 corrige de -18,7%.

=> L’incertitude règne ! Nous sommes exactement à mi-chemin entre les deux hypothèses …

Remarque

Sur un plan purement boursier, le rebond important des marchés au cours de la dernière semaine du mois de mai, pourrait nous laisser à penser que le point bas est enfin atteint. Mais nous pourrions aussi parfaitement imaginer que la baisse des indices ne soit pas achevée tant les inconnues sont encore nombreuses.

Les marchés évoluent au grès des nouvelles.  Si ces dernières sont mauvaises, des rebonds assez significatifs peuvent voir le jour, … et réciproquement ! Tout le paradoxe est là. Les traders aiment à penser qu’une mauvaise nouvelle (statistique macroéconomique / géopolitique) peut infléchir les banquiers centraux à plus de modération quant à la remontée des taux directeurs, favorisant ainsi le jeu des entreprises. A l’inverse, toute bonne nouvelle peut encourager ces mêmes banquiers à durcir leur politique monétaire afin de profiter d’une conjoncture ponctuellement meilleure… affectant alors le moral des chefs d’entreprises… et des investisseurs (nouvelle baisse des marchés).  

=> La courbe des cours ne nous aide pas à trancher dans quel sens va s’orienter l’économie mondiale…

EN CONCLUSION

Dans cet environnement anxiogène, il serait sans doute souhaitable d’entrer rapidement en récession (deux trimestres consécutifs négatifs). En effet, dans un tel scénario, les banquiers centraux et les Etats savent réagir et mettre en œuvre rapidement les outils pour y faire face (baisse des taux, plus de liquidités sur les marchés, etc.). Dans le contexte d’entre deux actuel, l’inflation est le seul levier pour réguler la surchauffe de l’économie que nous connaissons post Covid. Or personne ne contrôle l’inflation et les dégâts collatéraux peuvent être violents (hausse des prix de l’énergie et des approvisionnements, baisse du pouvoir d’achat des ménages, famine et crises sociales, ralentissement brutal de l’économie, …).

=> Reprendre le contrôle de notre économie est donc essentiel.

=> Aux acteurs régaliens d’assumer leurs responsabilités !

 

                                                                                 * * * 

 

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