Banques centrales : stop ou encore ?

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Bilan des marchés financiers à fin Août 2021

Traditionnellement le mois août est un mois calme sur les marchés financiers, le plus souvent légèrement baissier, avec peu de transactions, les gérants de portefeuilles et les traders étant pour beaucoup d’entre eux en congés. Notre mois d’août 2021 a mis à mal tous nos us et coutumes… :

  • Toutes les places financières, à l’exception de la Chine, ont encore gagné quelques pourcents de gains : les indices américains ont ainsi battu de nouveaux records, notamment les valeurs technologiques (Nasdaq 100) : +4,2% pour le seul mois d’août.
NASDAQ100 - Bougies Mois - 31-08-21

Performance des indices :

  • CAC 40 :            + 1.0%
  • Euro Stoxx 50 :  + 2.6%
  • DOW Jones :     + 1,2%
  • SP 500 :             + 2,9%
  • Nasdaq :            + 4,2%
  • Hang Seng :        – 0,3%                          
  • Nikkei :               + 2,9%
  • Or (gold) :           + 0,0%
  • Le calme fut tout relatif : certes le volume d’échanges fut faible en raison de la période estivale mais la volatilité fut bien au rendez-vous … (et celle-ci est d’autant plus importante que les volumes sont faibles !). L’indice CAC40 a ainsi connu une correction de -5% mi-août. Une baisse qui, à la différence des précédentes corrections, ne parvient pas à être comblée dans les quelques jours qui suivent …Nous assistons ainsi, depuis 15 jours, à un long « range » (tendance horizontale).
CAC40 - Bouguies 4H - 31-08-2021

Il est alors tentant de mettre l’attentisme du « range » sur le dos de la réunion de Jackson Hole (Wyoming) ; la grande messe qui rassemble chaque année les grands argentiers de la planète (les banquiers centraux) et dont les conclusions étaient très attendues. Mais la fumée qui s’échappa de ce symposium fut plutôt grise que blanche. Les conclusions furent en définitive conformes aux prévisions, et pourtant, le rebond du marché parisien ne fut pas au rendez-vous ! Un certain essoufflement semble prendre le pas. Ce dernier est-il provisoire ou préfigure-t-il d’une consolidation plus sérieuse ? Comment expliquer ce statuquo alors que le CAC 40 était à deux doigts de battre son record historique de novembre 2000 (à moins de 0,4%) ?

Conjoncture macroéconomique

L’environnement actuel semble être très favorable en termes de croissance économique. Les marges et résultats d’entreprises n’ont jamais été aussi élevé. Et les prévisions des bénéfices par actions (BPA) pour 2022 se poursuivent à la hausse tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Seules les prévisions des pays émergents restent un peu en retrait

BPA 2022 - USA
BPA 2022 - Europe

Alors pourquoi cette hésitation à poursuivre la marche en avant ?

Les craintes majeures à la poursuite de la hausse relèvent principalement de 4 risques :

  • le variant Delta,
  • la conjoncture : les contraintes croissantes sur les chaînes de production,
  • l’inflation et la réaction de la FED,
  • la « répression » économique en Chine.

Covid : le variant Delta continue de se propager avec une forte intensité aux Etats-Unis du fait du ralentissement des vaccinations depuis trois mois. L’Asie est également concernée avec un nombre élevé de contaminations (Chine, Vietnam, Inde, Indonésie). L’Europe sort du lot avec le taux de vaccination (deux doses) le plus élevé dans le monde (de 55 à 65% dans les grands pays) juste derrière Israël (65%) mais devant les Etats-Unis (52%), le Japon (44%) et la Chine (10 à 15% selon les estimations) et avec une propagation du variant Delta globalement sous contrôle. Cette situation a trois conséquences directes :

    • Le retour des confinements plus ou moins étendus, plus ou moins longs aux Etats-Unis et en Asie ;
    • Les restrictions aux frontières, tant pour les affaires, le commerce (Vietnam / Chine) que pour le tourisme, y compris en provenance des Etats-Unis ;
    • De nouveaux impacts négatifs sur l’organisation des chaînes de production localisées en Asie, avec en point d’orgue la fermeture complète (heureusement temporaire) du port chinois de Ningbo, troisième plate-forme locale d’expédition de containers à destination du reste du monde
  • C’est donc le taux de vaccination des populations qui trace la frontière entre les pays à peu près protégés (et en leur sein, entre impacts bénins et impacts graves) et les autres. Le niveau et la vitesse des vaccinations restent donc les indicateurs essentiels pour hiérarchiser le niveau de protection des pays.
  • Les pays d’Asie / Pacifique qui avaient le mieux géré l’épidémie l’année dernière ont négligé la nécessité des vaccins et le danger des variants. Ils se retrouvent aujourd’hui en première ligne des contaminations, au contraire de l’Europe.

Conjoncture : les statistiques des dernières semaines confirment un biais vers le ralentissement de l’activité, net en Chine, plus diffus aux Etats-Unis :

    • Etats-Unis : 943 000 créations d’emplois en juillet vs 870 000 attendus avec une baisse régulière des inscriptions au chômage ; mais le moral des ménages chute à son plus bas niveau depuis 2011 et l’indice PMI composite préliminaire (indice des directeurs d’achat) recule également fortement.
    • En zone Euro : la confiance s’effrite (PMI composite, IFO allemand (climat des affaires), ménages) mais recule nettement moins qu’aux Etats-Unis du fait d’une meilleure situation sanitaire.
    • C’est de Chine que viennent les déceptions : la production industrielle et les ventes au détail ralentissent nettement. Deux raisons à cet affaiblissement : la dégradation de la situation sanitaire, évoquée ci-dessus, et l’aggravation des ruptures dans les chaines de production qui s’installent dans la durée (composants, métaux, plastiques, containers, navires…) auxquels s’ajoutent à présent un manque de main d’œuvre! Des fermetures imposées dans des pays-clés (Chine, Vietnam, Indonésie) conduisent à un arrêt des productions et à l’allongement des délais de livraisons. Et pour les entreprises qui parviennent à produire, les pénuries sur les containers et les cargos soulèvent de nouveaux obstacles. Cette situation qui empire par l’évolution sanitaire dans ces pays encore peu vaccinés inquiète donc de nombreux leaders industriels (Toyota, Siemens, …) qui ne voient pas d’amélioration sur leurs approvisionnements avant la mi-2022, voire début 2023.

Inflation / FED (banque centrale américaine) : L’inflation (inflation « cœur ») se stabilise aux Etats-Unis (à +0.3% sur un mois et à +4,3% en annuel) et croit progressivement en Europe (+3% en rythme annuel,  + 1,9% pour la France). Cela permet à la Fed d’annoncer (au récent sommet des banques centrales de Jackson Hole) une réduction probable des achats d’obligations vers la fin de l’année sur un rythme très progressif, sans donner de calendrier pour l’étape suivante, à savoir la remontée des taux d’intérêt.

Pour Jerome Powell, patron de la FED :

    • « la situation économique des Etats-Unis est bonne. Cette tendance favorable justifie de réduire les soutiens monétaires à l’horizon de la fin de l’année. Mais le variant Delta progresse également et nécessite un suivi serré de la marche des affaires et des risques sanitaires, (…),
    • L’excès actuel d’inflation au-dessus des 2% est temporaire car il repose sur un nombre limité de produits et les forces désinflationnistes de long terme n’ont pas disparu avec la pandémie. Il n’y a pas pour le moment de spirale prix-salaires».
  • En résumé la FED n’a pas modifié son diagnostic d’une économie saine mais non parvenue au plein emploi avec un risque inflationniste modéré et passagé. Ceci explique le maintien d’une politique monétaire accommodante et qui ne sera que très progressivement resserrée.

 

Chine : Dans notre dernière lettre, nous décrivions le bras de fer engagé par le PCC (le Parti Communiste Chinois) avec les entreprises du secteur privé jugées insuffisamment alignées sur les objectifs de prospérité et d’« harmonie sociale » définis par le gouvernement. Les déclarations et commentaires officiels publiés dernièrement évoquent une « profonde révolution », indiquant que la détermination du gouvernement est intacte. Il s’agit de casser la « primauté du capital » (traduction : l’influence néfaste de ces entreprises monopolistiques) sur les besoins à longs termes de la société chinoise et de limiter le pouvoir politique « des milliardaires du net » qui pourrait menacer à terme la place et le rôle du PCC. Après la technologie et l’éducation, l’immobilier est dans le viseur ainsi que la santé et les jeux vidéos.

  • Il faut donc prendre en compte l’impact négatif de cette emprise politique sur les perspectives financières des sociétés concernées. Le sentiment général n’est pas près de s’améliorer sur les actifs financiers chinois. (Ci-après l’indice TECH chinois « Golden Dragon Chinois » qui chute au grè des mesures politiques du PCC).
Indice TECH chinois - Août 2021

EN CONCLUSION

L’environnement actuel semble présenter un risque élevé de ralentissement conjoncturel. Les risques évoqués supra sont largement dépendant de l’évolution de la crise sanitaire. Au demeurant, dans ce contexte économique positif mais également morose, la bonne nouvelle vient des banques centrales : la FED en tête, la BCE et les autres grandes banques centrales retarderont aussi longtemps que nécessaire le retrait de leur soutien.

Nous sommes donc en présence de forces contraires qui réduisent la visibilité des investisseurs. Néanmoins, le risque d’une correction généralisée des actifs financiers ne semble pas d’actualité. En effet, le sentiment positif des investisseurs en août, malgré la montée de ces risques, est une bonne illustration de cette contradiction qui peut durer un certain temps encore. En même temps, les brusques décrochages des indices à la mi-juillet puis à la mi-août montrent que ce sentiment peut se retourner soudainement, et de façon peut-être plus durable la prochaine fois… 

 

 

Illustration du mois :
Huile et acrylique de l’artiste Madame Christèle Ponsar, « Salers »

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