Faut-il craindre les variants de la Covid ou l’inflation…?

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 Illustration du mois : Huile de l’artiste Madame Christèle Ponsar, « Vers d’autres horizons »

Bilan des marchés financiers à fin novembre 2021

Quels extraordinaires parcours que le mois de novembre 2021 pour les indices mondiaux, notamment pour le CAC 40 ! Enfin… jusqu’au 26 du mois !

CAC 40 - Bougies Jour

Les gérants de portefeuilles américains se souviendront de leur Thanksgiving 2021 ! Ils ont dû quitter précipitamment leurs repas traditionnels pour retourner devant leurs écrans et gérer l’annonce de l’OMS (l’Organisation mondiale de la santé) : un nouveau variant de la Covid-19 (B.1.1.529) potentiellement très contagieux et aux variations multiples se propage rapidement en Afrique australe et l’institution ne connait pas l’efficacité des vaccins sur ce dernier. L’alerte est donnée !

Nous connaissons la suite : panique sur les places boursières, le spectre de février 2020 ressurgit…

Au final, les indices dévissent brutalement et le mois boursier de novembre s’inscrit dans le rouge.

Performance des indices :

  • CAC 40 :             – 1,6%
  • Euro Stoxx 50 :   – 4,4%
  • DOW Jones :      – 3,7%
  • SP 500 :             – 0,8%
  • Nasdaq :            + 1,8%
  • Hang Seng :        – 7,5%                          
  • Nikkei :               – 3,7%
  • Or (gold) :           – 0,4%

Les marchés américains, notamment les valeurs technologiques, ont été plus résilients face à cette nouvelle alerte sanitaire.

Conjoncture macroéconomique

Le nouveau variant Omicron parti d’Afrique du Sud a fait dérailler les marchés actions vendredi 26 novembre, concluant une semaine déjà négative en Europe préoccupée par la montée en puissance d’une cinquième vague. L’annonce de ce nouveau variant a brutalement amplifié la baisse des marchés : le CAC40 a ainsi perdu dans cette seule semaine 5.2% et le Dax 5.6%. L’aversion au risque est générale : le pétrole perd quant à lui 13%, le cuivre 3.5%, les cryptomonnaies entre 8 et 10%. Autre signal de la fuite, le taux 10 ans américain recule à 1.48% au plus bas depuis deux mois, après être monté jusqu’à 1.65%. Enfin, l’or perd 3.3% à 1791 USD.

Ce variant et ses conséquences économiques potentiellement très négatives ont balayé en quelques heures une actualité intense et globalement assez positive, comme si l’économie mondiale devait décrocher des tendances récentes et prendre fatalement une nouvelle direction à la baisse : 

  • Balayée, la reconduction du Président Powell à la tête de la Fed, garantissant a priori la continuité de la politique monétaire américaine actuelle ;
  • Balayées, les menaces de durcissement de la politique monétaire émanant des minutes de la réunion de la Fed de début novembre où les participants s’inquiétaient d’une inflation durablement élevée (c’est cette inquiétude qui explique la hausse du taux 10 ans américain à 1.64% jusqu’à jeudi ainsi que la chute de l’or de 3% à cette date) ;
  • Balayée, la constitution d’un nouveau gouvernement de coalition en Allemagne, aux objectifs clairement reflationnistes (hausse déjà annoncée de 30% du salaire minimum, investissements colossaux dans la transition énergétique d’ici 2030, …) ;
  • Balayée, la plongée des nouvelles inscriptions hebdomadaires au chômage aux Etats-Unis, au plus bas niveau depuis 1969 ;
  • Balayée, la hausse inattendue de l’indice du climat des affaires en zone euro grâce à l’accélération dans les services ;
  • Balayées, les prévisions de croissance des entreprises en 2022, revues à la hausse de 7.7% à 7.9%

=> La donne a donc soudainement changé sur les marchés, tant d’un point de vue fondamental qu’en termes de sentiment. En effet, la communauté financière ne dispose pas des informations nécessaires à l’évaluation du risque sanitaire en intensité et dans le temps, et donc de ses conséquences potentielles sur l’activité (nouveaux confinements à craindre, ralentissement des échanges, impacts sur les chaînes de transport et d’approvisionnement).

=> L’horizon d’incertitude est donc de quinze jours pour évaluer la dangerosité du virus Omicron et de six à douze semaines pour savoir si une parade vaccinale est possible. Deux périodes d’incertitude s’ouvrent devant nous… et les marchés n’aiment pas l’incertitude !

Mais la riposte s’organise…

  • Du côté des laboratoires, ces derniers sont déjà sur le pied de guerre pour analyser ce nouveau variant. Sachant qu’ils ont mis moins de 9 mois pour mettre au point le premier vaccin, une adaptation des vaccins existants prendrait moins de 100 jours selon Pfizer et Moderna.
  • Du côté macroéconomique, les gouvernements sont mieux préparés même si un ralentissement de l’activité est attendu, surtout dans les secteurs liés au tourisme.
  • Du côté des politiques monétaires, on peut légitimement penser que les banques centrales décaleront, au moins pour le mois de décembre, leurs annonces de restriction monétaire afin d’avoir une meilleure visibilité des conséquences de ce nouveau variant.

 

Au cours des prochaines semaines, celles qui précèdent la trêve des confiseurs, il est probable que de nombreuses nouvelles contradictoires secoueront encore le marché tant à la hausse qu’à la baisse.

=> La prudence est de mise. Mais les opportunités d’acquisition de titres à bon compte sont bien réelles aussi…

Alors faut-il s’inquiéter du nouveau variant ou de l’inflation ?

L’inflation n’a pas fini d’être le sujet d’actualité majeur pour 2021 et l’année prochaine. Les derniers chiffres communiqués n’ont pas vocation à nous rassurer. L’inflation bat des records :

  • 2,8% sur un an en France : son niveau le plus élevé depuis 13 ans
  • 4,9% en zone euro : un record historique depuis 25 ans, soit avant même la création de l’euro !
  • 6,2% aux Etats-Unis. Tous les secteurs sont concernés, mais la hausse des prix est particulièrement importante pour l’énergie, le logement et la nourriture.
Source Zonebourse

Cette inflation trouve son origine :

  • à la fois par une hausse significative des matières premières, des fournitures. C’est un choc d’offres, les fournisseurs ne sont pas capables de répondre à une forte demande post-covid. Ceci se retrouve donc naturellement dans les prix à la consommation ;
  • mais aussi par l’injection massive de liquidités par les banques centrales. L’épargne des ménages les plus riches investissant alors sur des actifs tels l’immobilier, les marchés financiers, créant ainsi une hausse sensible des prix de ces mêmes actifs (bulles ?).

 

La question est donc de savoir si, en dépit de cette inflation qui n’est plus transitoire, les marchés financiers continueront à poursuivre leur hausse historique, en dépit des évènements ponctuels liés à l’apparition de nouveaux variants ?

=> La réponse semble positive.

De nombreux cassandres rappellent depuis des années que « les marchés sont trop chers » ou que les ratios de prix sur capitalisation (P/E) sont beaucoup trop élevés, que de nombreuses bulles se sont formées. C’est vraisemblable. Mais c’est oublier 4 facteurs particulièrement importants qui favorisent aujourd’hui la poursuite d’un marché haussier sur le long terme :

  • Les entreprises n’ont jamais eu des marges aussi élevées. Lors de la présentation de leur derniers résultats trimestriels, 75% d’entre elles affirmaient pouvoir continuer à faire passer des hausses de prix historiques ! Et ce sont ces prévisionnels que les gérants valorisent en bourse !
  • La demande des entreprises et des ménages, post-Covid, est toujours aussi soutenue ; voire s’est accélérée via le e-commerce (Cf. le graphe ci-dessous, la demande des ménages américains – en rouge les commandes en ligne).
Source Zonebourse
  • L’épargne des ménages est abondante: plus de 160 milliards pour la France…
  • Les taux bas encouragent l’investissement immobilier ou financier, … car il n’y a guère d’autres alternatives pour les placements !

EN CONCLUSION

L’arrivée d’un nouveau variant de la Covid-19 a sans nul doute effrayé les marchés financiers, redoutant un nouveau ralentissement de la croissance économique et de nouvelles perturbations sectorielles (le tourisme principalement). Ce fut aussi l’occasion pour de nombreux gérant de sécuriser les gains à l’approche de la fin d’année. Sauf à découvrir qu’Omicron soit réellement un variant extrêmement dangereux, la correction subie fin novembre sera le prétexte à un nouveau point d’entrée pour les investisseurs.

L’inflation qui touche le panier de la ménagère est en revanche plus préoccupant, d’un point de vue sociétale. Il impacte directement le pouvoir d’achat des ménages et des conflits sociaux sont susceptibles d’émerger pour obtenir des hausses de salaires. Ceci pourrait alors réduire les marges des entreprises qui n’oseraient pas répercuter ces coûts dans le prix final de leurs produits/services. Mais l’histoire semble démontrer qu’une inflation durable va s’établir car les entreprises savent le plus souvent parfaitement reporter ces hausses dans leurs prix (la force du « pricing power »).

=> Entre variant et inflation, les turbulences vont être au rendez-vous, mais les marchés devraient pouvoir s’en acquitter sur le temps long.

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