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« Belfait » : Peinture à l’huile de l’artiste Madame Christèle Ponsar.

Bilan des marchés financiers à fin octobre 2022

Le réchauffement climatique est sans conteste engagé, avec des records de température qui se sont enchainés au cours du mois d’octobre. Cette douceur automnale affecterait-elle aussi les marchés financiers ? Le mois d’octobre a connu un rebond remarquable qui perturbe les lois financières traditionnelles. En effet, nous notons pour ce mois d’octobre 2022, des taux longs qui montent et des actions qui … montent également !

Après le dérèglement climatique, un dérèglement financier à présent ?

CAC40 - Bougies JOUR 2022

A l’inverse du mois de septembre, un mauvais indicateur de l’inflation aux Etats-Unis a provoqué le 13 octobre dernier un mouvement « alternatif » inattendu sur les indices : une baisse de -2,5% lors de la première heure de cotation (baisse logique aux vues du mauvais chiffre), suivi d’une hausse brutale de +3,5% en clôture… Une volatilité d’une violence extrême, qui fut le signal d’un rebond algorithmique les jours suivants.

Performance des principaux indices :

SYNTHESE MACROECONOMIQUE DU MOIS

Comment interpréter ce rebond des marchés ? Comme toujours deux visions s’opposent dans l’interprétation, a posteriori, des mouvements de marchés. Ceux qui voient le verre à moitié plein et les autres…

2.1 - Le verre à moitié plein

Après une baisse généralisée de 20 à 30% depuis le début de l’année, sur les marchés actions et obligataires, plusieurs clignotants ont changé de couleurs, passant du rouge à l’orange (le vert n’étant pas encore d’actualité). Parmi ces facteurs de retournement, notons :

  • Le premier catalyseur, et le plus important, est le ton des banquiers centraux qui semblent vouloir infléchir leurs discours jadis très volontaristes (Cf. Jackson Hole) de remontée rapide des taux directeurs pour combattre l’inflation. Désormais la crainte d’une récession dure (« hard landing ») pousse certaines banques centrales à infléchir la vitesse de remontée de leurs taux. Ce fut le cas de la banque centrale d’Australie, puis du Canada (hausse de seulement +0,50% en octobre au lieu de +0,75%). Ce changement de stratégie a rassuré les marchés qui y voit sans doute une fin prochaine de la hausse des taux et la relance des économies. La banque centrale européenne (BCE) semble vouloir s’inscrire également dans cette voie. La Fed suivra-t-elle le même chemin ? Réponse le 14 décembre…

 

  • Le second facteur est la confirmation de la bonne santé économique des Etats-Unis, en dépit des mesures restrictives : rebond de la croissance (+2.6%) au 3° trimestre.
  • Enfin, 2 autres bonnes nouvelles étaient très attendues, pour permettre aux actifs risqués de rebondir. :
    •  Le repli du dollar américain face aux autres devises
    • Le repli des taux souverains, et plus particulièrement du taux à 10 ans US
Source IVT

Tous ces éléments ponctuels sont-ils au demeurant suffisants pour valider une poursuite de la hausse des places financières ?

La question de la saisonnalité peut être étudiée.

  • En fin d’année, les marchés sont plutôt positifs, car les entreprises effectuent souvent des « Buybacks », à savoir le rachat de leurs propres actions. Pourquoi une telle opération ?
    • Les entreprises peuvent estimer que leurs titres sont sous-évalués et qu’il s’agit donc d’une opportunité d’achat ;
    • Le rachat de leurs propres actions fait mécaniquement augmenter le ratio : « Bénéfice net par action ». Ratio très regardé par les investisseurs…
    • Investir sa trésorerie dans des projets qui peuvent être risqués dans le contexte économique actuel est délicat, … alors autant acheter ses propres actions pour les raisons évoquées supra.

 

  • Par ailleurs, à l’approche des élections américaines dites « Midterms » comme celles prévues le 8 novembre prochain, l’indice américain SP500 s’inscrit historiquement dans une tendance haussière, quelque soit la nature préalable du marché (haussière ou baissière).

=> L’ensemble de ces ingrédients milite pour la poursuite du mouvement actuel, à la hausse et ce, jusqu’à la fin de l’année 2022.

2.2 - Le verre à moitié vide

Pour les économistes en faveur d’une vision plus sombre, le rebond des marchés au mois d’octobre n’est qu’un rebond ponctuel qui s’inscrit dans une tendance encore largement baissière.

  • Le péril qui fut initialement inflationniste, devient à présent un péril récessionniste.

Si les cours ont bien intégré la thématique de l’inflation, ce seul sujet n’est plus suffisant.

Les raisons qui laissent à penser une récession prochaine :

  • Les politiques monétaires restrictives des banques centrales commencent à faire leurs effets.

L’augmentation sensible des taux de crédit a eu un impact direct sur l’investissement tant des entreprises que des ménages. A ce jour, les conséquences de ces conditions de financement moins favorables impactent sérieusement aux Etats-Unis le secteur de la construction de l’immobilier :

  • Flambée des taux hypothécaires à 15 ans, qui sont passés de 2,2% à 6%. C’est environ 30% de capacité d’emprunt en moins pour les ménages. Cette baisse impacte naturellement les mises en chantiers qui décroissent … à un moment où les coûts de fabrication sont plus élevés (inflation).
  • Et son corollaire, une chute des demandes de prêts hypothécaires, au plus bas !
Source Primeview
Source Primeview

=> Le marché des ventes de logements existants se grippe.

=> Les prix s’ajusteront à la baisse dans les mois à venir quand les vendeurs ne pourront plus attendre la vente de leur bien. A ce jour, la baisse des prix est déjà de 6%. Mais nous ne sommes qu’au début du mouvement correctif, car toujours plus lent pour le marché de l’immobilier.

Pour mémoire, le secteur immobilier a été un vecteur très important de la reprise économique post Covid, car les taux hypothécaires avait atteint des niveaux planchers, impensables quelques années plus tôt. C’est donc à présent le revers de la médaille : une correction du secteur de l’immobilier est donc à attendre prochainement.

Et le secteur de l’immobilier aux Etats-Unis est un vrai marqueur, un « anticipateur » de ce qui va se passer dans le reste de l’économie. Cet indicateur s’est aujourd’hui retourné. Et dans un marché où l’appréciation des prix de l’immobilier permet aux ménages de soutenir leurs niveaux de consommation, les prix se retournant, ils ne pourront pas bénéficier de ce facteur de soutien.

Et pourtant … la consommation des ménages tient encore ! Celle-ci fait preuve d’une résilience assez surprenante. En effet, il suffit d’observer les taux qu’accordent aujourd’hui les banques pour l’octroi des cartes de crédit : +18,5%. Des taux exorbitants ! Les ménages ne pourront pas durablement faire appel au crédit…

Source Primeview

Où trouver alors les ressources pour continuer à consommer ?

Pour l’essentiel, les ménages américains font encore appel à leur épargne constituée lors de la crise sanitaire, en 2020.

Evidemment, celle-ci n’aura qu’un temps …car le taux d’épargne des ménages est à présent au plus bas (courbe rouge).

Source Primeview

La consommation des ménages va donc rapidement se dégrader car le niveau d’épargne actuel et le coût de financement vont vite devenir intenables. Ceci impactera alors directement les entreprises (moindre consommation) et le chiffre d’affaires de ces dernières. Le début de la récession

Quel impact sur les anticipations de bénéfices des entreprises ?

Historiquement, à chaque récession, les anticipations des bénéficies sont de deux chiffres :

-15,5% lors de la crise de 2000

-35,8% lors de la grande crise financière de 2008

-21,3% lors de la crise sanitaire de 2020.

A ce jour, les anticipations de baisse n’ont pas été suffisamment prises en compte (-1,38%), car la récession ne s’est pas encore clairement manifestée. Une baisse des anticipations des bénéfices de -15% à -30% n’est pas à exclure, dans les mois à venir. 

Source Primeview

=> Concrètement, cela signifie que les prix des marchés actions sont encore trop élevés. Une correction devrait donc se poursuivre en 2023.

Naturellement, cette baisse anticipée ne se fera pas en ligne droite. Les cours connaîtront des moments de pause, voire des rebonds assez violents comme nous venons de les vivre en juillet et en octobre dernier (plus de 8%).

L’analyse supra porte sur le marché américain, principal marché directeur des places financières.  Au demeurant, le raisonnement est identique pour l’Europe, avec comme souvent un décalage de cycle dans le temps. Notons cependant, qu’il existe deux facteurs aggravants en Europe qui ne peuvent qu’alourdir la récession à venir : une guerre en Ukraine et une crise énergétique majeure pour l’Allemagne et l’Italie.

EN CONCLUSION

Les signaux sont de plus en plus clairs : l’activité économique se dégrade de part et d’autre de l’Atlantique. Les banques centrales semblent prendre en compte ces signes avant-coureurs et ont choisi pour certaines de modérer le rythme de leur resserrement monétaire. Si la FED confirme à son tour cette temporisation, les marchés financiers devraient alors poursuivre leur rebond, actant ainsi le fameux rallye haussier de fin d’année….

Les résultats d’entreprises du 4° trimestre 2022 qui seront dévoilés en janvier 2023 seront sans doute nettement moins bons qu’attendus. La correction se poursuivra alors en 2023…

Dans l’immédiat, cette crise ne sera pas que financière, elle sera aussi économique et sociale.

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