L’HUMEUR DES MARCHES FINANCIERS S’INSPIRERAIT-ELLE DE LA METEOROLOGIE ?

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 Illustration du mois

Peinture à l’huile de l’artiste Madame Christèle Ponsar : « La rentrée … Grandir doucement ! ».

BILAN DES MARCHES FINANCIERS A FIN AOUT

Un peu de légèreté en cette fin de congés estivaux pour s’interroger sur l’étonnante corrélation entre la courbe de nos indices financiers et la météo de cet été… :

  • Le mois de juillet a été un mois caniculaire. Les marchés ont également « chauffé » en rebondissant fortement pour atteindre un point haut mi-août (+14% sur la période pour le CAC 40) ;
  • Depuis le 15 août, les orages, la grêle et des vents records se sont abattus en France. Le CAC40 a alors brutalement corrigé (-9%) en 15 jours, ramenant l’indice aux cours de la mi-juin 2022…
CAC40 - Bougies Jour

Il n’y a naturellement pas de corrélation entre ces deux mondes*, mais la similitude pourrait être exploitée un jour par des économistes en panne d’imagination pour expliquer la complexité actuelle de nos marchés. 

* Bien que cela soit néanmoins en partie exacte pour les produits agricoles !

=> Le tableau ci-dessus montre que toutes les classes d’actifs sont impactées par la crise actuelle.

=> Ci-dessous, le graphe du marché obligataire US (T-Bond 10 ans) qui chute de -25% depuis 2021, suite à la décision de la FED de remonter ses taux directeurs (politique monétaire moins accommodante en 2021 après la crise du Covid, puis pour lutter contre l’inflation en 2022).

C’est le premier krach obligataire (c’est-à-dire, une baisse > à -20%), post seconde guerre mondiale !

T-BOND 10 ans US – Bougies MOIS

Ce scénario est unique. En effet, la valeur refuge qui était l’obligation pendant des décennies quand les marchés actions chutaient ne peut plus être sélectionnée désormais dans une allocation de portefeuille. Même le Bund allemand, valeur refuge par excellence, est en phase de krach !

=> Seule la baisse de l’inflation permettra aux taux de baisser et aux valeurs obligataires de remonter. Vivement que les prix de l’énergie, et plus particulièrement du gaz, retrouvent leurs cours d’avant crise !

SYNTHESE MACROECONOMIQUE DU MOIS

Les deux mots les plus banalisés aujourd’hui dans l’ensemble des salles de marchés et dans toutes rédactions de presse sont « Inflation » et « Récession ». Car l’un ne va pas sans l’autre aujourd’hui. Demain, d’autres vocables feront leur apparition comme « Marge » et « Chômage ».

En effet, le schéma ci-dessous illustre comment l’économie s’adapte progressivement à un changement de politique monétaire et de hausse des taux d’intérêt.

Quatre grandes étapes se dessinent dans le temps (environ 2 ans) : H. O. P. E.

  • H : Le marché de l’immobilier (« Housing ») est touché dans un premier temps par la remontée des taux d’intérêt : contraction du nombre de ventes de biens et baisse des prix. C’est notamment le cas en Chine et aux Etats-Unis (-7% à San Francisco entre mai et juin 2022).
  • O : Le monde des entreprises, du « busines » est touché (moins de commandes, « Orders ») car le marché se grippe : manque de composants, problème de logistique, inflation, pénurie de main d’œuvre, inquiétude ambiante, moindre consommation.
  • P : moins de commandes impacte alors les marges des sociétés (moins de « Profit »).
  • E : Les entreprises n’ont alors plus d’autres choix que de licencier (« l’Emploi » se détériore).

 

A ce jour, les 2 premières étapes sont déjà d’actualité.

Désormais, nous allons commencer à suivre avec intérêt les résultats des entreprises pour le 3° trimestre 2022. Nous décèlerons les entreprises qui ont eu la capacité (ou non) à conserver leurs marges, en augmentant principalement leurs prix (le « pricing power »).

Le graphique ci-dessous présente le bénéfice par action du MSCI World (actions du monde entier). On observe bien la chute de ces bénéfices en 2020 due à la crise du Covid et la remontée qui en a suivi, extrêmement rapide, grâce aux politiques très accommodantes des banques centrales (baisse des taux et injection massive de liquidité), sans oublier les plans de relance budgétaires massifs des états pour soutenir les économies nationales.

=> Après que les grands argentiers ont boosté artificiellement l’économie, un retour de ce ratio (bénéfice / action) vers sa moyenne historique (ligne en pointillée) devrait être la norme.

=> Attention à ne pas basculer sous cette oblique… Ce serait un signal fort d’une confirmation d’une récession à venir. Récession qui est déjà pressentie à ce jour un peu partout dans les pays industrialisés.

Quelques temps forts du mois :

1/ Le rendez-vous de « Jackson Hole » mi-août, catalyseur de la baisse des marchés financiers. En effet, à l’issue de cette grande réunion annuelle des banquiers centraux et de nombreux talentueux économistes, le patron de la FED a confirmé, avec un ton particulièrement ferme, sa volonté de lutter principalement contre l’inflation en poursuivant durablement la hausse des taux directeurs quitte à provoquer une récession, temporaire, de l’économie américaine. Economie capable, selon lui, de supporter ce choc tant le taux de chômage est faible aux Etats-Unis (3.7% à fin août). Le discours est sans ambiguïté.

    • La poursuite de la hausse des taux pénalise mécaniquement toutes entreprises qui ont un besoin de financement à un moindre coût (les technologiques notamment).
    • Ceci impacte aussi le marché obligataire ; d’où la chute évoquée supra.

2/ La hausse exponentielle du prix du gaz (x 4 en 3 mois) et son impact sur le moral des ménages allemands. Des Allemands habitués, des années durant, à un prix particulièrement compétitif du gaz, car négocié avec leur quasi-unique fournisseur qu’était la Russie. Ils sont désormais contraints de rechercher dans l’urgence d’autres fournisseurs à des prix naturellement bien différents !

3/ La chute de l’euro se poursuit inexorablement.

Dit autrement, le dollar Index ne cesse de se renforcer… Tant que cette devise restera forte, le prix des matières premières restera sous pression, tout comme l’euro et les marges des entreprises américaines.  Certains analystes n’excluent pas encore une baisse du dollar de 10 à 15% dans les semaines / mois à venir pour atteindre le seuil des 120 (ou pour l’euro, des ~ 0,85 € pour 1 $).

4/ La prévision de la croissance de la Chine est une nouvelle fois revue à la baisse. Les récents confinements de villes chinoises (Chengdu, ville > 20 millions d’habitants) en raison de la stratégie « zéro Covid » vont induire de nouveaux ralentissements dans l’économie chinoise mais aussi pour l’économie mondiale.

5/ Enfin un dernier chiffre, celui du PIB des pays industrialisés, qui se maintient toujours en retrait par rapport à la période de 2019 (avant le Covid). L’Europe est particulièrement pénalisée par l’Allemagne (c’est une première !). En effet, l’Allemagne subit une forte inflation des prix de l’énergie (sans l’avantage concurrentiel de jadis avec le gaz russe et sans le bouclier des prix comme en France) et a donc désormais du mal à exporter ses produits finis (et pour la première fois, une balance commerciale négative…).

EN CONCLUSION

L’inflation est au cœur de toutes les préoccupations du moment car elle ne sera pas provisoire. Qu’elle soit tirée par la demande comme aux Etats-Unis ou par l’offre comme en Europe (car principalement liée au prix de l’énergie), l’inflation impactera mécaniquement et structurellement le cycle des prix et des salaires des mois durant.

A ce jour, la France fait office de bon élève grâce à l’ensemble des mesures prises par le gouvernement pour réduire au maximum l’impact de ces hausses sur le pouvoir d’achat des ménages. Ce sont principalement les anciens pays de l’Europe de l’Est (pays Balte, Roumanie, Pologne, Hongrie…) qui sont touchés par cette hausse des prix du gaz et du pétrole car la Russie, par leurs histoires communes, était leur principal fournisseur !

L’Europe doit se réunir en septembre pour inventer de nouveaux mécanismes et plafonner ainsi le prix de l’énergie. Mais ces boucliers tarifaires, actuels et futurs, auront un coût qu’il conviendra bien un jour de supporter une fois la crise passée (hausse des impôts ?) …

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