Naviguer dans le brouillard, un exercice toujours délicat …

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 Illustration du mois : Huile de l’artiste Madame Christèle Ponsar.

Bilan des marchés financiers à fin mars 2022

Les marins qui s’aventurent dans des mers où le brouillard est épais, puis diffus pour s’épaissir de nouveau, vous diront combien cette navigation est éprouvante. Tous leurs sens sont aux aguets, craignant le risque de collision avec un autre navire ou toute autre surprise non signalée. La prudence est alors de mise… Le parallèle avec le contexte actuel, où l’inconnue dans cette guerre russo-ukrainienne règne en maître, conduit tout un chacun à beaucoup de prudence dans ses prévisions et ses choix.

Après une baisse de plus de 12% en février, le marché parisien a poursuivi sa baisse jusqu’à -22%, avant de se rependre le 8 mars et finir au même niveau qu’à fin février : un mois donc de très forte volatilité.

CAC 40 : du 1er Janvier au 8 Mars 2022 : -22% (Bougies "Mois")

Performance des indices pour le seul mois de mars 2022 :

  • CAC 40 :               – 0,0%
  • Euro Stoxx 50 :     – 0,6%
  • DOW Jones :        + 2,3%
  • SP 500 :                + 3,6%
  • Nasdaq :               + 4,2%
  • Hang Seng :         – 3,2%                          
  • Nikkei :                 + 4,9%
  • Or (gold) :             + 1,5%

Les Etats proches du conflit Ukrainien (France, Europe, Chine) ont subi des sorties massives de capitaux. En revanche, les 3 marchés américains ont drainé vers eux ces flux financiers. Les Etats-Unis, plus autonomes en énergie et en ressources naturelles, ont rassuré les investisseurs.

Synthèse macroéconomique du mois

Si les places financières restent toujours préoccupées par l’évolution du conflit ukrainien, les investisseurs institutionnels portent néanmoins leur regard vers un horizon plus lointain : l’évolution de l’inflation. Bien que la guerre en Ukraine soit loin d’être terminée, nul ne peut imaginer que l’armée russe puisse faire usage d’armement nucléaire (même tactique). Le conflit est donc circonscrit à un problème régional. Chaque annonce encourageante sur l’évolution du conflit (annonce de négociations, même embryonnaires) entraîne une hausse des actions. Alors, aussi douloureuses que puissent être les images des civils tués ou des immeubles en ruine, les gérants s’inquiètent davantage à présent des pénuries de pétrole, de gaz et de toutes les autres ressources de matières premières, minérales ou agricoles, qui vont faire défaut dans les mois à venir et qui vont être un nouveau facteur de hausse de l’inflation (estimé à +1 à +1,5%) en Europe.

L’inflation actuelle n’est pas une surprise en soi. Nous avons largement documenté le sujet dans les précédents billets. En revanche, son traitement récent par la FED et le choc exogène de l’Ukraine, après le choc de la demande (rebond exceptionnel de l’activité) et celui de l’offre (liée à la crise sanitaire) inquiète les économistes : va-t-on vers une stagflation ou une récession ?

Stagflation ou récession ?

S’inscrire dans un tel scénario signifierait que 4 critères soient remplis :

  • Une inflation galopante
  • Une croissance (PIB) atone
  • Une explosion des chiffres du chômage
  • Un choc pétrolier avéré

 

Une inflation galopante ?

La réalité est sans appel. Tous les indicateurs montrent des courbes croissantes, voire exponentielles !

  • 8% aux Etats-Unis
  • 7,5% en Zone Euro

La situation est encore pire en Afrique du Nord, où l’inflation est alimentée par la flambée des prix des denrées alimentaires (blé).

Les banquiers centraux tendent néanmoins à démontrer que le pic de l’inflation sera atteint au second trimestre 2022 pour revenir vers des niveaux plus acceptables (~ 2 à 2,5%) en 2023, 2024 (graphe ci-dessous pour la Zone Euro).

Une inflation exceptionnelle, jamais connue depuis les années 85 (Espagne : 10%, Allemagne : 7,6%, France : 4,5%) … mais qui devrait décroître au second semestre 2022.

Une croissance (PIB) atone ?

La croissance, mesurée en % du PIB (GDP en anglais) est naturellement impactée par la guerre en Ukraine et la reprise de la Covid-19 en Chine (fermeture totale de nombreuses villes, dont Shanghai et Shenzhen). Les prévisions de croissance sont donc toutes revues à la baisse.

Source Zone Bourse
  • +2.8% en zone euro au lieu de 4.2% initialement (-1,4%)
  • +3,4% pour les Etats-Unis au lieu de 3.7% (-0,3%) 

=> La croissance est certes impactée, mais loin d’être atone.

Autre indicateur de la bonne santé économique d’un pays, l’ISM. Ce dernier évalue le niveau relatif des conditions des entreprises, dont celles d’emploi et de production, les nouvelles commandes, les prix, les livraisons des fournisseurs et les stocks.  Un résultat au-dessus de 50 indique une expansion de l’industrie, et en-dessous une contraction.

  • Indice ISM manufacturier aux Etats-Unis : 56,3 au 1er avril 2022

  • En France, l’indice est ressorti en hausse à 57,4 en mars, après une hausse de 55,5 en février.

Une explosion des chiffres du chômage ?

  • Baisse régulière du taux de chômage tant en Europe (6,8%) qu’aux Etats-Unis (au plus bas depuis 1969). L’offre est bien souvent supérieure à la demande…
Source Zonebourse
Source Zonebourse

Un choc pétrolier avéré ?

La question interpelle quand on voit la hausse régulière du prix du litre d’essence à la pompe.

Que disent les hausses passées ?

Source Zonebourse

En gris, les périodes où l’économie américaine était en récession. En vert, les pics du cours du Brent.

Chaque hausse de 50% du Brent a entrainé une récession … La question est donc de savoir si la cours du Brent a fait X 2 depuis 2021 ?

Depuis 2019, le cours du baril de pétrole a évolué rapidement de 0 (!) à 90 $ (reprise post Covid) reprenant in fine son cour moyen historique (autour de 80 $ / le baril). A ce jour, en raison de la guerre en Ukraine, le baril se traite autour de 100 / 110 $.

Source Zonebourse
  • La pente des prix entre août 2020 et aujourd’hui est davantage due à une phase de rattrapage post Covid qu’à une choc pétrolier (Rappel du besoin monde : ~ 100 Millions de barils / jour).
  • En revanche, si le Kremlin venait à fermer sa source de pétrodollars (en pétroroubles demain ?) en fermant le robinet du gaz et du pétrole, il est à craindre alors une hausse à plus de 150 $ / le baril. Nous assisterions là un choc pétrolier avéré !

EN CONCLUSION

Le monde s’habitue progressivement à la guerre russo-ukrainienne. Tous les acteurs économiques (Etats, entreprises et ménages) ont conscience que cette guerre va impacter durablement nos vies au quotidien. Peut-on à ce jour évoquer le risque de stagflation, de récession pour les économies des pays développés ? Cela est encore prématuré pour le confirmer car tous les facteurs de risque ne sont pas encore au rouge. La croissance est encore au rendez-vous (plus faible mais bien présente) et les résultats attendus des entreprises US semblent monter une vraie robustesse (ligne noire) en dépit d’une baisse des marchés (courbe rose). La saison de publication des résultats du premier trimestre qui débutera mi-avril sera le juge de paix : les marges sont sous pression…, les bénéfices par action seront-ils toujours au rendez-vous ?

Source Zonebourse

Outre le volet boursier, on est aussi en droit de s’inquiéter pour les pays le plus pauvres, africains principalement. Ces derniers sont extrêmement dépendants de l’approvisionnement en blé de Russie ou d’Ukraine.

Outre la question de la famine, ce sont des chocs sociaux qu’il convient de redouter dans les mois à venir…

Source Zonebourse

La Covid-19 nous avait fait prendre conscience de notre impréparation sur le plan de la sécurité sanitaire, la guerre en Ukraine nous alerte de nouveau sur notre fragilité en termes de sécurité alimentaire…

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