Quand la Chine ralentira… le monde tremblera.

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Bilan des marchés financiers – Septembre 2021

Mois heurté une nouvelle fois, bousculé par l’actualité autour du promoteur chinois Evergrande et la réunion de la Banque centrale américaine (FED).

CAC 40 - Bougies 4H

 

Depuis la mi-août, l’indice parisien suit une tendance baissière. Une tendance en dents de scie avec des baisses brutales de -5% en août, -6% en septembre, avant de se reprendre par un rebond dans les jours qui suivent … mais avec des impulsions insuffisantes pour reprendre la dynamique haussière des mois précédents. Alors pourquoi ce coup de frein sur les marchés financiers ?

 

Performance des indices :

  • CAC 40 :             – 2.4 %
  • Euro Stoxx 50 :  – 3.5 %
  • DOW Jones :      – 4.3 %
  • SP 500 :               – 4.8 %
  • Nasdaq :            – 5.7 %
  • Hang Seng :        – 5.0 %
  • Nikkei :                + 4.8 %
  • Or (gold) :            – 3.2 %
  •  

Pour le mois de septembre, à l’exception de l’indice japonais (Nikkei) qui avait fortement chutait au cours des 6 derniers mois, tous les indices internationaux sont dans le rouge vif !

Les catalyseurs haussiers font actuellement défaut. Les mauvaises nouvelles commencent à inquiéter les investisseurs :

  • L’inflation, qui ne devait être que « temporaire », puis « transitoire », devient un facteur désormais de moyen terme pour les banquiers centraux. Aux Etats-Unis, l’inflation resterait supérieure à la cible de 2% de la Fed encore pour deux à trois ans : 4,2% en 2021 (vs 3,4% prévus en juin dernier) puis 2,2% en 2022 et 2.1% 2023. Inflation qui engendre un sentiment de perte de pouvoir d’achat, surtout chez les ménages les plus modestes. Or la consommation est une composante majeure du PIB américain. En zone euro, le taux d’inflation en a bondi en septembre à 3,4% sur un an, au plus haut depuis 13 ans.

 

  • L’envolée des prix de l’énergie, contribue à elle seule à entretenir les anticipations inflationnistes outre-Atlantique comme en Europe. Désormais le pétrole est au-delà de 80 dollars sur le Brent à Londres et de 77 dollars pour le WTI de New York (record annuel). Ce phénomène de hausse brutale inquiète les investisseurs sur la capacité des entreprises à absorber ce choc et à ne pas dégrader leurs perspectives de croissance et les dividendes concomitants… Il en est de même pour le prix du gaz qui explose : triplement du prix en 1 an !
  • Une croissance économique qui ralentit, principalement en raison des contraintes d’approvisionnement pour les entreprises.
    • La croissance 2021 aux Etats-Unis a été révisée à la baisse, de 7% en juin dernier à 5,9% en septembre, due à la nouvelle vague de covid et aux difficultés sur les chaînes de production.
    • En zone Euro et en Chine : nouveaux reculs de l’indice préliminaire des directeurs d’achats (PMI), toujours pour les mêmes causes : le retour du virus et les contraintes d’approvisionnement. L’indice PMI composite chinois est passé sous la barre symbolique des 50 (contraction de l’activité) !
  • Banque centrale : un changement de ton dans le dernier discours de Jerome POWELL, patron de la FED : « Je n’ai jamais vu de telles difficultés sur les process de fabrication, jamais vu une économie qui combine d’aussi fortes pénuries de main d’œuvre avec un tel niveau de chômage ». Cet aveu à l’occasion des « Fed Listens », semble montrer combien la Réserve fédérale est perplexe et décontenancée dans cet environnement. La FED a néanmoins confirmé :
    • qu’elle amorcera désormais le « Tapering », à savoir la réduction de ses achats mensuels d’actifs (actuellement de 120 Mds $) à compter de décembre pour s’achever à la mi-2022 (au lieu de fin 2022 initialement attendu).
    • Une première hausse des taux d’intérêt qui pourrait survenir dès 2022 (0.25%) en raison des progrès économiques réalisés et des tensions inflationnistes. Le taux directeur passerait ensuite à 1,0 à la fin de 2023 (vs 0,6 précédemment) et à 1.8% à la fin 2024 (vs 1%). 

=> Ces annonces sont clairement plus restrictives que ce qu’attendait le consensus. D’autres banques centrales sont entrées ou vont prochainement entrer dans un cycle de hausse de taux et/ou de moindre accommodation monétaire. Seule la BCE, sur la base de ses dernières déclarations, risque d’être l’une des dernières à entrer dans ce mouvement général.

=> La hausse des taux d’intérêts, en raison de l’inflation et d’un discours moins accommodant de la FED, dégrade le compartiment obligataire. Le T-Bond US à 10 ans dépasse désormais la barre psychologique des 1,5%... entrainant par contagion les taux de la zone euro : le rendement du Bund (obligation de l’Etat allemand) passe de -0.33 à -0.20% et celui de l’OAT français 10 ans de 0 à +0.17%.

Quelle responsabilité a la Chine dans ce contexte mondial ?

Nous évoquions dans notre précédent article que la Chine se heurtait à des difficultés économiques : « la production industrielle et les ventes au détail ralentissent nettement. Deux raisons à cet affaiblissement : la dégradation de la situation sanitaire, (…), et l’aggravation des ruptures dans les chaines de production qui s’installent dans la durée (…) auxquels s’ajoutent à présent un manque de main d’œuvre ! »

A ces facteurs bien identifiés depuis la forte reprise de l’économie, et qui ont un impact évident sur l’ensemble des chaînes de production mondiales, il convient également d’identifier 2 autres critères, moins visibles, qui dégradent davantage l’environnement économique mondial :

  • Le parti politique chinois (PCC) mène un double chantier, quitte à affaiblir sa propre économie:

1/ Une politique vertueuse pour la transition énergétique : Pékin s’est engagé à réduire son intensité énergétique d’environ 3% cette année afin de respecter ses objectifs de lutte contre le dérèglement climatique. En réduisant volontairement sa production d’électricité issue du charbon, la Chine provoque des pénuries d’électricité dans de nombreuses régions chinoises. En pleine période de boom industriel post pandémie, des pans entiers de l’économie (sidérurgie, aluminium, ciment, chimie mais aussi ameublement ou transformation du soja) souffrent de la limitation de l’offre d’électricité. Ce choc d’offre qui touche cette grande puissance économique aura naturellement un impact sur les marchés mondiaux (problèmes d’approvisionnement en textile, en jouets, en pièces détachées industrielles par exemple). Le PIB chinois est désormais sensiblement revu à la baisse pour 2021 : à 6% au lieu des 8 ,2% attendus…

2/ Une reprise en main des entreprises trop puissantes : Le groupe ALIBABA, la plus grande plateforme de e-Commerce au monde (similaire à AMAZON) a reçu récemment, comme de nombreux très grands groupes privés, une amende exceptionnelle de 2,75 milliards de dollars (2,5% du CA 2020) pour avoir abusé de sa « position dominante » pendant plusieurs années. Sous couvert de sa politique de « prospérité commune (共同富裕) », Le PCC semble vouloir mettre en place de nouvelles règles (loi anti-monopole) afin de mieux contrôler ses entreprises, quitte à sacrifier des secteurs de son économie. Ceci impacte directement le cours de bourse de ces groupes, comme ce fut le cas ici avec ALIBABA (courbe verte) depuis plus de 10 mois… Les investisseurs étrangers fuyant cette ingérence de l’état chinois dans la gestion des entreprises.

Cours de bourse - 2020/2021
  • Démantèlement progressif des grands conglomérats chinois, de la bulle immobilière. La chute d’Evergrande (2° promoteur immobilier de Chine) qui a fait trembler les places financières la semaine dernière, est l’arbre qui cache la forêt. La Chine a construit un parc immobilier dantesque pour contenir l’exode rural qui a débuté en 1978. A présent, la courbe s’inverse : c’est le retour à la campagne des retraités et la fin des mégacités chinoises. Evergrande se retrouve aujourd’hui écrasé par quelques 260 milliards d’euros de dettes, auxquels il ne peut plus faire face. Le cas d’Evergrande n’est pas isolé. « HNA », autre conglomérat de l’immobilier, fut mis en faillite après avoir fait de multiples investissements avec un endettement record (notamment en étant, un temps, le premier actionnaire de Deutsche Bank ou des hôtels Hilton ou encore au capital de Pierre et Vacances). Le groupe a été démantelé en début d’année et ses dirigeants arrêtés, dans le cadre de la reprise en main voulue par les autorités…

=> Ces faillites sonnent la fin du miracle immobilier chinois et de l’hypercroissance que la Chine connaît depuis presque quarante ans. Le secteur de l’immobilier pèse à ce jour près de 30% du PIB chinois ! Et 80% de la richesse des ménages chinois sont liés aux actifs immobiliers. La chute des prix de ce secteur mettrait à mal l’effet richesse de ces chinois, leur capacité à consommer et in fine la croissance de l’empire du milieu…

Dans tous ces dossiers, l’attitude du gouvernement chinois est ambigüe : il est réticent à renflouer les conglomérats incapables de rembourser leurs dettes, car cela contredirait sa politique de lutte contre les excès du marché immobilier (surendettement et accroissement des inégalités), mais il souhaite en même temps éviter le risque de contagion au système financier et à l’économie. Il privilégie donc à chaque fois une restructuration ordonnée de la dette, grâce au soutien sans faille de la banque centrale chinois …. Cette attitude est réaliste et permet ainsi d’écarter le risque d’une crise financière et sociale dans le pays.

EN CONCLUSION

Le bouquet de nouvelles inquiétantes venant de chine, parfois contradictoires, met à mal la configuration simpliste du début d’année : « plus on vaccine, plus on dope le rebond économique ». L’équation est à présent plus complexe, à plusieurs inconnues : crise sanitaire, désorganisation des chaînes d’approvisionnement, inflation, politiques monétaires moins accommodantes, remontée des taux. A cela vient se rajouter désormais des évènements nouveaux et déstabilisants, telle la flambée des prix de l’énergie et celle de la crise immobilière chinoise ; voire également une certaine instabilité politique, certes temporaire, en Allemagne (le nom du futur chancelier ne sera connu que dans plusieurs semaines / mois).

 

Dans ce contexte fragile où la visibilité des marchés financiers est réduite, seuls les résultats des entreprises au titre du 3° trimestre 2021 pourront donner l’impulsion suffisante pour poursuivre la vague haussière. D’ici là, la poursuite de la correction des marchés, déjà bien engagée, n’est pas à exclure.

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