Quand l’inflation effraie les faucons…

Partagez cet article

Bilan des marchés financiers à fin avril 2022

Regain de forte volatilité sur les marchés financiers mondiaux ! Nous assistons à des corrections boursières importantes en raison de la baisse inattendue du PIB américain au premier trimestre 2022, des confinements renforcés en Chine, du conflit toujours bien présent en Ukraine et de la hausse fort probable des taux US de + 0,50 % dans les jours à venir. Un bilan négatif pour les places financières, malgré des résultats de sociétés qualitatifs et la volonté de la Chine de mettre tout en place pour soutenir son économie.

Les investisseurs ne savent plus comment arbitrer leurs portefeuilles dans une période aussi troublée.

=> 4ème mois de baisse pour le CAC40 (nouvelle bougie rouge).  

Cette baisse reste au demeurant limitée par rapports aux autres indices mondiaux.

Cette résistance aux mauvaises nouvelles sera-t-elle durable ?

CAC 40 - Bougies "Mois"

Performance des indices pour le seul mois d’avril 2022 :

  • CAC 40 :             – 1,9%
  • Euro Stoxx 50 :    – 2,6%
  • DOW Jones :       – 4,9%
  • SP 500 :               – 8,8%
  • Nasdaq :              – 13,4%
  • Hang Seng :         – 4,1%                          
  • Nikkei :                 – 3,5%
  • Or (gold) :             – 2,1%

A l’exception des marchés américains, les indices mondiaux ont décroché en moyenne de 2 à 4% au mois d’avril.

La purge est en revanche très importante pour les indices américains, affectés par la hausse prochaine des taux d’intérêt US.

Même la valeur refuge (Or) est baissière !

Le choc baissier des indices américains au mois d’avril projette le marché des valeurs technologiques (Nasdaq) vers un « bear market » : baisse supérieure à 20% !

SYNTHESE MACROECONOMIQUE DU MOIS

Le moral des investisseurs semble sérieusement atteint quand on observe la correction que subissent les marchés sur les derniers jours du mois d’avril. Et pourtant, en dépit de ces baisses brutales sur les indices, tous les indicateurs macroéconomiques ne sont pas alarmistes.

On assiste davantage à une normalisation de la valorisation de certains actifs (les valeurs de la technologie notamment), entrainant « mécaniquement » les autres marchés. Depuis toujours, l’évolution des valeurs US influence les algorithmes des autres places financières, qui par un effet de contagion amplifie le mouvement, et ce, tant à la baisse qu’à la hausse.

  • Quels sont les catalyseurs de cette baisse ?

En premier lieu, l’inflation et les politiques monétaires.

L’inflation (post Covid) ne cesse d’augmenter mois après mois. Et le pic attendu pour le premier trimestre 2022 ne semble pas encore atteint :

  • Etats-Unis : +8,5% (plus haut depuis 16 ans)
  • Europe : +7,5%
  • France : +4,8%

Dans ce contexte, la banque centrale américaine (FED) a largement annoncé par la voix des gouverneurs « faucons » (les plus durs) et de son président Jerome Powell, la volonté de rapidement relever son taux directeur de 2% d’ici septembre prochain. La prochaine hausse est attendue début mai (+0,50%).

Ce rattrapage (ou rétropédalage) rapide de la FED, qui avait toujours qualifié l’inflation de transitoire, provoque sur le marché des taux un vrai choc financier. Désormais les entreprises vont devoir se financer à un coût plus élevé… et ce dans un contexte où les salaires ne cessent d’augmenter !

A ce jour, le taux US sur 10 ans est proche des 3% !  

  • La question est donc de savoir si cette hausse sera suffisante pour juguler l’inflation dès 2022 ? Ou faut-il déjà s’attendre à la poursuite de la remontée des taux en 2023 /2024 ? Ce n’est pas encore le scénario privilégié par les marchés.

 

  • Cette hausse des taux impacte naturellement les entreprises et le moral des ménages (crédit immobilier / à la consommation). Les entreprises qui, jusqu’à présent, ont été en mesure de reporter les hausses des coûts de production (intrants / salaires) ne vont pas pouvoir reporter indéfiniment cette hausse dans le prix de vente de leurs produits finis… Les salaires n’augmentant pas au même rythme !

 

  • Si les résultats des entreprises sont plutôt bons pour le premier trimestre 2022 (plus de 80% des entreprises ayant communiquées ont des résultats supérieurs aux attentes), leurs perspectives de croissance restent mitigées dans l’environnement actuel. Les entreprises de croissance (dont les technologiques), fortement consommatrices d’investissement, de capitaux sont donc lourdement pénalisées sur les marchés financiers. Ci-après un graphe montrant l’interaction entre valorisation des sociétés technologiques (courbe bleue du Nasdaq) et la courbe des taux à 10 ans (courbe noire).
Nasdaq, plus de 1 000 milliards de dollars de capitalisation ont été effacés cette année !
  • Autre conséquence de cette inflation aux Etats-Unis, la hausse du dollar contre toutes les autres monnaies

 

Actuellement négocié à 1.05 €, peut-on exclure la parité (1 €  = 1 $) dans les prochaines semaines ?

En second lieu, l’anticipation à la baisse de la croissance mondiale

Une telle inflation, conjuguée à :

  • une désorganisation accrue de la chaine d’approvisionnement logistique (suite à la guerre en Ukraine touchant les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique et des métaux industriels et aux divers confinements en Chine)
  • et à des crises sociales à venir (faim dans les pays sous-développés / pauvreté croissante dans les pays occidentaux)

 

impose de revoir sérieusement à la baisse la croissance mondiale pour les années à venir :

  • Le PIB aux Etats-Unis s’est contracté de -1,4% pour le premier trimestre alors les économistes prévoyaient +1,1% de croissance.
  • Les autres zones économiques envisagent ce même ralentissement (Cf prévisions du FMI).

Enfin, une inconnue majeure : les risques en Europe d’un durcissement des conséquences de la guerre en Ukraine.

Après le choc émotionnel de la guerre en Ukraine, les économies européennes très dépendantes des sources énergétiques et des ressources agricoles venant de Russie et d’Ukraine, cherchent à présent des alternatives à ces ressources tout en maintenant la poursuite de sanctions envers la Russie. Ces sanctions induisent progressivement une escalade des réactions russes : fermeture des vannes de pétrole pour la Bulgarie et la Pologne par exemple (décision non neutre pour ces pays – Cf. graphe), menace de l’usage d’armes non conventionnelles.

Les pays européens sont les premières économies à supporter ce choc exogène.

  • Un risque politique / énergétique élevé
  • Un risque inflationniste à la hausse

La Banque centrale européenne maintient encore une politique monétaire accommodante (émission de monnaie / taux d’intérêt bas). Mais pendant combien de temps cette politique sera-t-elle compatible ? Son mandat est de lutter contre l’inflation et non de soutenir une économie européenne fragilisée.

=> Les flux financiers des investisseurs institutionnels vont, depuis des mois, des marchés européens vers les entreprises américaines (où la croissance est toujours au rendez-vous).

EN CONCLUSION

La forte volatilité des marchés financiers démontre la complexité macroéconomique du moment.

  • D’un côté, une solide dynamique d’activité et de bénéfices aux Etats-Unis, avec comme principal problème une inflation qui impacte les taux d’intérêt et la valorisation des actions ;
  • De l’autre, une croissance chancelante tant
    • en Europe : avec un risque inflationniste élevé à la hausse
    • qu’en Chine : consommation structurellement faible, récession potentielle à court terme du fait des confinements et une gouvernance politico-monétaire peu efficace.

Dans ce contexte, la qualité intrinsèques des entreprises américaines (en dépit de leur sous-performance actuelle) reste un atout à privilégier.

Historiquement, le mois d’avril est traditionnellement un mois très positif sur les marchés. Ce ne fut absolument pas le cas cette année. A l’inverse, le mois de mai est un mois « vendeur » (baissier) comme le rappelle l’adage bousier « Sell in May and go away ». Parions qu’une nouvelle fois, les statistiques se tromperont …

S'inscrire à notre newsletter

Pour ne rater aucune information et conseil sur votre patrimoine !

À découvrir

Vous souhaitez nous faire part de votre projet ?
N’hésitez pas à nous contacter.